Lago Titicaca

02.11 au 07.11.2021

2. L’Amérique du Sud – Pérou

(Si vous lisez l’article par email, la mise en page est altérée. N’hésitez donc pas à le lire sur le blog en cliquant sur le titre de cet article)

Et voilà, nous voici partis pour un lieu emblématique des Andes: Le lago Titicaca. Pour prévenir tout sourire, on se permet de vous préciser qu’on doit prononcer Titicâcâ, qui signifie « lac du puma », en référence à un rocher se trouvant sur l’Isla del Sol. Cette île, située sur la partie bolivienne du lac, est très importante dans la mythologie inca car ce serait là que Manco Capac (fondateur légendaire de la civilisation inca) se serait rendu après être né dans les profondeurs du lac.

Pour découvrir ce lac et les populations qui y vivent, nous décidons de snober Puno et de nous rendre directement sur la péninsule de Capachica, dans le village de Llachón. Nous nous y rendons en bus, puis en collectivo (mini-bus qui peuvent être très, très remplis 🤪).

Le trajet dure beaucoup plus longtemps que prévu et nous arrivons à la tombée de la nuit chez notre hôte, Felix. Nous ne découvrirons donc la vue sur le lac que le lendemain matin.


Le réveil se fait dans un paysage magnifique qui nous rappelle la Grèce (avec quelques degrés en moins cependant…).

Sur la dernière photo, on peut voir la mère de Felix, 97 ans, et à pieds nus toute sa vie!

Pour avoir une meilleure vue sur le lac, nous décidons de monter au mirador de Llachón. Cette montée sera plus épuisante que prévue car nous sommes à plus de 3’800m et le mirador à 4’120m 🤪 ! Les filles nous abandonnent vite et nous continuons la montée à deux. En fait à 3 car le chien de Felix décide de nous suivre jusqu’au sommet.

Le lago Titicaca est le lac navigable le plus haut du monde.

Sur le chemin, nous croisons plusieurs miradors qui nous permettent d’avoir des points de vues magnifiques sur le lac Titicaca.
1h30 plus tard, nous voici au sommet…les locaux montent beaucoup plus vite que nous, malgré leur charge bien plus conséquente. 🙄
Au sommet, se trouve un crucifix, mais sur la colline toute proche se trouve un lieu saint dédié à la Pachamama (la Terre Mère). C’est un lieu sacré avec une place centrale où les gens se réunissent. D’un côté de la place se trouve un endroit entouré de murs de pierres. Il y a deux entrées fermées par de grosses pierres, une orientée vers le lever du soleil et une vers son coucher. Elles ne sont ouvertes que pour les cérémonies à la Pachamama, 5 fois par an. A ces moments-là, tout le village monte pour lui faire des offrandes et lui demander une bonne récolte, la pluie, la santé, etc. Il y a des chants et des danses. Certaines de ces fêtes coïncident avec les fêtes chrétiennes (la semaine Sainte, Pentecôte, etc.) et d’autres plutôt avec le calendrier agricole.

Après cette randonnée, on est content de déguster le repas préparé par Felix. On découvrira vite qu’en fait les menus se ressemblent beaucoup! Les repas commencent toujours par une soupe avec de la patate, des haricots et des carottes…la seule différence est la forme des morceaux de légumes 😉 . Ensuite, le plat principal est constitué de riz, pommes de terre et une protéine (poulet ou poisson du lac). C’est bon, mais après 5 jours de ce régime on se réjouira de retrouver des fruits et légumes frais!

Les filles sont enchantées d’être chez Felix car il a quelques moutons et un cochon. Nous sommes d’ailleurs rassurés de savoir que le cochon mange nos restes car, malgré nos demandes, les assiettes sont bien trop copieuses.


Après une bonne nuit de sommeil, nous partons visiter une île flottante du peuple Uros. C’est Felix qui nous amène chez un ami à lui, afin d’éviter les îles plus touristiques proches de Puno. Sur le lac, il y a plus de 180 de ces îles flottantes.
Les îles Uros existent depuis longtemps. Elles auraient été construites par leurs ancêtres pour échapper aux envahisseurs (dont les Incas). Au départ, les anciens habitaient sur de grands bateaux, un par famille. Ils possédaient également des petits bateaux qui étaient utilisés pour pêcher. Ces petits bateaux sont maintenant utilisés pour draguer et sont appelés « taxi romantico ».

Le fils du président (maire) de l’île nous explique les étapes de fabrication de celles-ci.
Le processus prend 2 ans et ensuite l’île dure de 30 à 40 ans. Une fois celle-ci trop abîmée, les habitants doivent déménager sur une nouvelle île, construite en avance. Sur l’île, il y a des bosquets de roseaux qui leur permettent de surveiller dans quel état elle se trouve. Si les roseaux montrent des signes de vieillissement, ils savent qu’ils doivent en construire une autre.

Première étape :
Ils vont chercher des blocs de terre loin dans la réserve. Ces blocs mesurent 10x5m avec une profondeur de 1m à 1,5m.
Leur île est composée de 10 de ces blocs attachés ensemble (les blocs sont numérotés pour les replacer dans la même position à l’endroit voulu). Après quelques jours, les racines qui se trouvent dans la terre se reforment et traversent les blocs, ce qui les soude entre eux.
L’île est ensuite ancrée en 10 points pour qu’elle ne dérive pas.

Deuxième étape :
Des couches de roseaux, les Totoros, sont disposées en quinquonce sur la terre. Une nouvelle couche doit régulièrement être rajoutée pendant la durée de vie de l’île.

Troisième étape :
Les familles choisissent ensuite l’emplacement de leur maison et la construisent en laissant un espace entre le sol et la maison afin d’éviter que l’humidité entre chez eux. La taille de la maison dépend du nombre de membres de la famille.
Lorsqu’un fils se marie, une nouvelle maison est ajoutée. Ce sont les femmes qui suivent leur mari sur leur île.
Les maisons traditionnelles étaient rondes, mais maintenant la maison ronde que l’on peut voir sur les photos est pour la cuisine. Les maisons modernes sont rectangles.
Sur l’île que nous visitons habitent 5 familles composées de 21 personnes, dont 12 enfants de 3 mois à 7 ans. Ces familles ont toutes un lien familial. Cette île s’appelle Winay Balsera et elle fait partie des Uros Titino, un groupe de 5 îles.
Pour l’ensemble des îles Uros Titino, il y a une grande île pour les réunions des présidents de chacune. Celui-ci change chaque année et cela peut être un homme comme une femme.

Photo de gauche: cuisson des poissons pour la fête du lendemain

Cette communauté vit de la pêche, de la chasse (oiseau) et de l’artisanat. Ils vont faire du troc à Capachica pour avoir des légumes, des fruits et d’autres produits de première nécessité. Ils vont une fois par année à Puno pour la fête du début novembre afin de vendre leurs poissons. Les visites de touristes leur permettent également de gagner un peu d’argent, mais depuis le COVID, ils en ont vraiment eu très peu (1x par mois).

Marine a été séduite par le bébé 🥰

Pour tous les enfants des îles, il existe une île-école, mais elle est bâtie sur du solide car les bâtiments y sont trop lourds. 300 élèves fréquentent l’établissement qui acceuille les enfants jusqu’à la fin de l’école obligatoire, à 15 ans. Certains continuent ensuite leurs études à Puno, mais c’est très cher. Lors de notre visite, l’école est à nouveau ouverte, mais sur une demi-journée seulement.
Il existait une langue Uro parlée sur les îles, mais elle a presque disparu en raison des nombreux mélanges de populations qui ont eu lieu depuis les années 1950. Aujourd’hui, les enfants l’apprennent à nouveau à l’école des Uros. Les langues majoritaires sur les îles sont le Quechua et l’Aymara.

De retour à Llachón, nous allons découvrir une fête qui se déroule sur la place du village.

Ce sont les autorités qui organisent cette fête, où l’activité principale est de danser et boire. Les habitants viennent saluer les autorités et leurs épouses et leur amènent des caisses de bières(!). Tout est consigné (qui, quoi, combien de caisses) car à la prochaine fête organisée par d’autres, ils leur offriront la même chose.

Des spectatrices / les femmes des autorités / livraisons de bières

Comme mentionné dans notre article précédent (Cañon del Colca), les habits et chapeaux diffèrent grandement selon les régions : forme des chapeaux, couleurs des habits, etc. A Llachón, les femmes mariées ont un chapeau à 4 pointes avec un sommet en colline et des pompons. Les femmes célibataires et les enfants ont un chapeau qui ressemble à celui des femmes de l’escalade, mais tout en longeur derrière. L’habillement des hommes est plus sobre, noir avec un chapeau noir.

Nous décidons de ne pas nous éterniser car l’ambiance, bien que joyeuse, nous semble un peu trop alcoolisée pour les filles (et pour Gabrielle, qui se fait accoster par des mâles un peu trop imbibés dès que Philippe s’écarte un peu…).
Au retour de la fête, nous profitons d’admirer le coucher du soleil sur le lac. Un spectacle féérique.

Le soir même, une tempête lacustre se lève, ce qui est rare. Tout un groupe d’habitants de Puno, venus sur la péninsule à la journée, se retrouve coincé car il est impossible pour leur bateau de sortir du port en bas de chez Felix. Ils se retrouvent donc tous à l’abri dans la salle à manger. Nous faisons connaissance avec le groupe (une sortie d’église), et pendant que Gabrielle discute avec un couple, Marine et Philippe initient des enfants et leur mère au « tas de m**** » (jeu très simple qui s’apprend rapidement pour pouvoir jouer tout de suite et à tout âge). Philippe transforme les kilos de 💩, en amendes (multa) pour rendre le jeu plus « poli ». Le jeu commence par un petit malentendu car la mère pense qu’on va jouer avec du vrai argent, mais Philippe la rassure et le jeu se déroule avec de bons moments de rigolades.

Un chouette moment de partage!

Avant de quitter Llachón le lendemain, voici quelques photos supplémentaires.


Après cette sympathique soirée, nous partons pour 36h sur l’ìle de Taquile, petite île à 1h30 en barque de Llachón. C’est Felix qui nous y emmène.

Après cette traversée, nous sommes accueillis par Luciano, notre hôte pour ce séjour sur Taquile. C’est un homme discret, mais fort comme un lion! Il prend les deux sacs des filles et le petit sac à dos avec le matériel informatique (donc lourd!), les met dans un grand tissu, noue tout cela en baluchon, et c’est parti!

Nous partons à l’attaque des pentes de cette île bien vallonée et rocheuse. C’est une vraie expédition avec nos grands sacs et l’altitude 😝. Les filles s’exclament régulièrement: « il croit vraiment qu’on est des bouquetins ! » 😂 car Luciano prend souvent des raccourcis au milieu de nulle part et on doit grimper sur des rochers.

Ici, l’habillement est très différent. Les hommes portent un bonnet à pompoms. Cette fois-ci, c’est le chapeau de l’homme qui annonce son statut marital : si le chapeau est coloré en entier, l’homme est marié, si le bout du chapeau est blanc, alors l’homme est célibataire. Les femmes mariées portent un voile noir avec des pompons. Les voiles des femme célibataires sont plus colorés.

La petite sacoche de Luciano contient des feuilles de coca, qu’il consomme régulièrement.

L’habitation est spartiate, sans eau courante, ni prises électriques. Les toillettes sont à l’extérieur avec un seau comme chasse d’eau et l’électricité réservée aux quelques lampes.

Nos hôtes sont timides mais accueillants, et Luciano nous fait découvrir son île à travers des chemins plus escarpés et rocailleux les uns que les autres. Ils nous montrent également un aperçu de leurs métiers (agriculteur.trice et artisan.e.s) avec enthousiasme. Les tâches sont réparties entre les hommes et les femmes, tous deux font du tissage et travaillent aux champs, mais il n’y font pas la même chose. Luciano et Concepción nous initient à leurs arts…on est franchement pas doué 🤪.

Culture de patates (plantées en ce moment): on s’essaye au geste adéquat qui est le même que dans la vidéo de la danse des semailles
Tissage: les motifs des tissus ont souvent un sens, là c’est le calendrier quechua. Sur la ceinture, il y a 12 motifs dont les symboles suivent les mois de l’agriculture.

Le lendemain, Luciano nous fait découvrir la plus grande plage de Taquile. L’eau du lac a une température constante de 8°, c’est donc « un poco frio »! Philippe est le seul à s’y aventurer entrièrement, pour les autres se sera juste les jambes 😜 .

De retour sur la plage, nous faisons des dessins sur le sable.
Tout est prétexte à faire école 😉 (Arts visuels)

Après cette escapade, nous retournons à la maison pour le repas de midi (toujours le même menu 🥔🍜 ) puis c’est l’heure du départ. Luciano et Concepción nous accompagnent au port. On passe à nouveau par des chemins de travers et Concepción nous prouve combien ils sont agiles et connaissent par coeur les sentiers escarpés de l’île: elle file la laine (verte) tout en marchant avec en plus un des sacs des filles dans son baluchon!

Le retour sur la terre ferme prendra 3h. Le lac étant calme, nous pouvons tous profiter des dernières vues sur le lac.

A tout bientôt
Philippe et Gabrielle

6 commentaires sur « Lago Titicaca »

  1. Merci de nous emporter dans ce beau voyage 💜 C’est magique ! Et bientôt les livres d’histoires péruviens parleront d’une famille de petits suisses qui ont amené le jeu du « t’as d’amendes » 😉

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