Le Kaokaland

5. L’Afrique – Namibie

(Si vous lisez l’article par email, la mise en page est altérée. N’hésitez donc pas à le lire sur le blog en cliquant sur le titre de cet article)

28.06 au 02.07.2022

Nous voilà parti du parc national d’Etosha et son incroyable faune pour nous diriger plus au nord-ouest, en direction de la frontière entre l’Angola et la Namibie. Si nous nous rendons dans cette région, c’est pour y découvrir les chutes d’Epupa. Mais avant d’y arriver, nous devons passer par une grande ville afin de remplir nos caisses à provisions. En effet, nous avons une autonomie d’approximativement 5-7 jours et, là où nous nous rendons, nous n’aurons pas l’occasion de trouver de grands supermarchés. Il est de plus très difficile de trouver d’éventuelles petites échoppes avec de quoi dépanner, tellement les routes sont vides et les villages que nous croisons sont très petits. En conséquence, nous nous arrêtons dans la capitale de la région du Kaokaland: Opuwo. C’est l’une des plus grandes villes de l’extrême nord namibien, avec ses quelques 6’000 habitants. Elle est située au coeur d’une région habitée par les peuples bantous, dont les Himbas. Peuple de pasteurs, à l’origine nomade, les Himbas vivent principalement de leur bétail et ils habitent désormais majoritairement dans des campements disséminés dans tout le Kaokoland avec leurs troupeaux de vaches 🐃 et de chèvres 🐐.

Notre première rencontre avec ce peuple se fait en arrivant à Opuwo. Une grande partie d’entre eux a conservé ses coutumes et surtout son mode vestimentaire qui est très particulier. En effet, traditionnellement les femmes himbas se teignent la peau en rouge avec une pommade réalisée à base de graisse de vache et de poudre d’ocre rouge. Cet onguent, dont le fait de s’en enduire fait partie des critères de beauté féminins, leur permet également de se protéger de l’ardeur du soleil, de la sécheresse de l’air et des insectes. Leurs cheveux sont coiffés en tresses lisses et épaisses, enduites également de la même substance. Les hommes portent, après la circoncision, une queue de cheval tressée avec le reste du crâne rasé. Les Himbas, hommes et femmes, sont vêtus d’un simple pagne en cuir, le haut du corps et la poitrine restant dénudés (parfois recouvert d’une grande couverture), et ils se fabriquent des sandales avec des pneus de voitures.

C’est saisissant de se retrouver avec ces femmes qui ont conservé un mode de vie traditionnel (en tout cas en ce qui concerne leur habillement) dans un temple de la modernité et du capitalisme qu’est le supermarché. Elles se retrouvent ainsi à côtoyer des compatriotes qui sont vêtues à l’occidentale, et cela sans le moindre problème et en toute normalité.

L’heure étant déjà bien avancée, nous n’avons pas le temps de rejoindre les chutes d’Epupa et nous décidons donc de dormir dans la région. André Boder nous a déconseillé de rester à Opuwo car il y a beaucoup de mendicité et l’insécurité y est davantage présente qu’ailleurs dans le pays. En effet, à peine avons-nous parqué la voiture devant le magasin que nous voyons une dizaine de jeunes enfants venir réclamer de l’argent et quelques femmes tenter de nous vendre leur artisanat. Ils ne sont pas insistants mais ils ne semblent pas en très bonne santé et nous décidons d’acheter quelques fruits en plus de nos courses que nous leur distribuons avant de reprendre la voiture. Cela marque les filles de voir de si jeunes enfants venir réclamer un peu d’argent ou de nourriture et nous en profitons pour échanger avec elles sur les inégalités qui existent sur notre planète et la chance que nous avons de pouvoir tout simplement manger à notre faim chaque jour.

Ne voulant pas rester en ville, nous la quittons, laissant derrière nous de nombreuses maisons en tôles. Le niveau de vie paraît assez bas et les logements n’ont pas l’air bien confortables, même s’ils sont probablement adaptés au climat. Nous avons repéré un petit community camp un peu plus loin sur la route pour les chutes, à une quarantaine de kilomètres de la ville. Il s’agit d’un camping tenu par quelques membres de la communauté himba et qui propose aussi la visite d’un living museum. Il s’agit d’un village himba que les touristes peuvent visiter. Nous avons beaucoup d’a priori concernant ces villages et nous nous demandons si ce n’est pas purement du voyeurisme et de la mise en scène. Est-ce un moyen de mettre en valeur leur culture, de la garder vivante tout en s’assurant un revenu décent ou bien un attrape-touristes 🤔? Nous ne nous sentons pas très à l’aise avec cette idée et nous décidons de ne pas aller visiter le living museum. Le camping, quant à lui, est très simple et très bien entretenu (ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’il s’agit de community camp). L’eau est à nouveau chauffée au feu de bois et c’est fort agréable, car les matinées et les soirées sont fraîches! Nous voyons quelques jolis lézards bleu/orange se balader autour de nous, au plus grand bonheur des filles 🦎.

Nous sommes les seuls touristes présents et nous prenons le temps de discuter un peu avec les responsables du camping. Ils sont très sympathiques et ils nous expliquent leur volonté d’offrir de bonnes conditions aux visiteurs tout en assurant un revenu pour la communauté. En discutant avec eux, en anglais, nous prenons finalement la décision de visiter le living museum, où habite l’enfant d’un des deux responsables du camp, Wilson. Pas tout de suite cependant car nous allons d’abord nous rendre aux chutes d’eau. Nous reviendrons dormir ici sur le chemin du retour et nous visiterons le village himba à ce moment là.

Après quelques difficultés pour allumer notre feu de camp en raison du vent qui descend de la colline derrière nous, nous finissons par souper et nous rejoignons rapidement nos lits 😴.


Depuis trois-quatre jours, les levers et les débuts de journée sont plus tranquilles car nous avons moins de route à faire, les trajets sont plus courts. C’est moins stressant pour les filles étant donné leur état de santé. Estelle va mieux depuis hier (après presque une semaine de maladie quand même) mais Marine, quant à elle, n’est vraiment pas en grande forme depuis trois jours 🤒. La fièvre est assez élevée et elle tousse encore passablement. Nous espérons qu’elle va vite se remettre afin de profiter de la suite du voyage!
Une fois notre matériel rangé, nous partons pour les chutes d’eau. Nous avons encore environ 2h30 de route à faire et, depuis que nous avons quitté Opuwo, nous roulons sur de la piste. La vitesse n’est donc pas très élevée mais nous apprécions ce rythme plus tranquille qui nous permet aussi de profiter du paysage, même si ça secoue parfois beaucoup!

La nature se fait toujours plus désertique et nous voyons de plus en plus rarement des villages le long de la route. Quand nous en croisons, il ne s’agit, en règle générale, que de quelques cases réunies.

Nous finissons par arriver au village d’Epupa, quasiment le point le plus au nord de la Namibie. Soyons honnêtes, le village n’a aucun charme et probablement qu’il n’existerait pas si les chutes d’eau ne s’y trouvaient pas… Nous nous arrêtons au camping, juste au bord de la Kunene river, frontière naturelle entre l’Angola et la Namibie, et la dame de la réception ne trouve pas notre réservation. Pourtant nous avons appelé la veille et tout semblait en ordre. Après quelques recherches et comparaisons de numéros de téléphone, nous nous rendons compte que nous nous trouvons à Epupa Falls campsite, alors que nous avons réservé à Epupa Camp… 🤦🏼‍♀️🤦🏼‍♂️ Heureusement, celui-ci se trouve quelques dizaines de mètres plus loin, toujours sur les bords de la rivière. Le cadre est très beau et, bien que simple, le campement est agréable. Comme d’habitude nous avons un emplacement pour notre jeep avec un coin cuisine (eau courante et lavabo) et une prise électrique. Ce sont des panneaux solaires qui fournissent l’électricité et, par conséquent, nous n’avons accès à celle-ci que du lever du soleil jusqu’à son coucher.
Nous avons aussi des toilettes et une douche qui nous sont réservés, en face de notre emplacement. Ces deux endroits sont joliment aménagés mais à ciel ouvert. Les premières utilisations sont un peu bizarres mais nous nous y habituons vite 🚿.

Comme nous restons deux nuits sur place, nous décidons de garder la visite des chutes pour le lendemain et nous en profitons pour lancer une activité phare de notre voyage autour du monde: la lessive 🤩. Ici, pas de système de laverie, nous devons donc laver nos vêtements à la main et les faire sécher nous-mêmes. Nous avons acheté du produit lessive et nous profitons de l’aménagement du camping pour lancer plusieurs « machines ». Heureusement, le soleil est bien présent en journée et il fait même chaud, ici au nord. Nos habits devraient sécher rapidement. Pendant ce temps, les filles se reposent et lisent tranquillement. Très vite, elles nous appellent car elles ont vu un « très gros lézard ». Il s’agit d’un varan qui est effectivement plutôt impressionnant par sa taille 🦕. Pas du tout agressif, ni curieux, il finit par repartir dans les herbes et il disparaît de notre vue.

Quelques instants plus tard, ce sont de petits singes vervet que nous avons le plaisir d’admirer. Ce sont des primates de petite taille, à la tête ronde, avec une longue queue à bout noir, des mains noires et des paupières roses 🐒. Ils sont très interactifs et amusants à observer même s’il faut s’en méfier car ils pourraient venir chiper nos affaires. Vu notre passif avec les singes en Asie, les filles ne sont pas extrêmement rassurées mais heureusement, les vervets ne s’approchent pas trop de nous et ils ne montrent aucun signe d’agressivité.

Une fois nos tâches effectuées, nous rejoignons la réception du camping, qui fait aussi lodge et où les aménagements offerts sont d’un autre standing. Sur le chemin, nous longeons la rivière et nous voyons un panneau qui ne nous rassure pas totalement, vu que notre campement est juste à côté du cours d’eau… 😮

Nous scrutons attentivement la rivière mais nous n’y voyons aucun animal. Arrivés à la réception, nous questionnons les employés sur la présence ou non de crocodiles sur le campement 🐊. Ceux-ci nous répondent qu’il y en a dans la rivière Kunene mais que, généralement, ils restent plus en amont et qu’on n’en voit plus si proches des chutes d’eau. Rassurés 😅, nous nous installons sur les chaises longues et nous commandons quelques boissons tout en lisant tranquillement. Il y a aussi une piscine mais, comme d’habitude, l’eau est glacée 🥶. Malgré la chaleur, personne ne veut se tremper et nous restons donc en mode farniente.

L’heure avançant, il est temps de retourner à notre emplacement de camping pour plier la lessive qui a séché et préparer le repas du soir. Au menu, soirée crêpes 😋. Tout le monde se régale et nous finissons par aller nous coucher. La soirée et la nuit sont beaucoup plus douces et, pour une fois, nous pouvons dormir sans porter nos habituels leggings et t-shirt manches longues. Les filles couchées, nous restons un moment dehors à observer le ciel. Il est magnifique et il n’y a quasiment pas de pollution lumineuse qui pourrait nous déranger 🤩. De temps à autre, Philippe balaie la rivière proche avec sa lampe torche et soudain nous voyons deux billes rouges s’éclairer… Gloups… Comme il fait nuit noire et que la lampe n’est pas très puissante, nous ne savons pas s’il s’agit d’un animal qui se trouve dans l’eau ou bien sur un îlot. Bref, nous décidons de ne pas évoquer cette découverte aux filles afin de ne pas les effrayer 🤪. C’est ainsi que nous les rejoignons rapidement dans la tente 😬!


Pour une fois, pas de programme qui nécessite un lever aux aurores ou bien un départ rapide et surtout… pas besoin de plier la tente 🥳!! En effet, nous avons encore une nuit de prévue sur place et, comme les chutes d’eau sont facilement accessibles à pied depuis notre campement, nous n’avons pas besoin de ranger nos affaires. C’est donc un rythme beaucoup plus tranquille que nous adoptons aujourd’hui et c’est tant mieux, car Marine se sent de plus en plus mal 😢. La fièvre est plus forte et elle se sent très fatiguée. Comme Estelle s’est remise en une petite semaine, nous espérons que cela sera également le cas pour sa soeur. Nous restons cependant quand même vigilants afin de prévoir une visite chez le médecin, si nécessaire, dans une prochaine grande ville. Après le petit-déjeuner tardif, nous terminons nos tâches ménagères avec un dernier sac de lessive, ainsi nous serons opérationnels pour une dizaine de jours avant de devoir à nouveau procéder à un lavage d’habits. Quelques varans et vervets sont à nouveau présents sur le camp et nous nous amusons à les observer 🦎🐵. Pas de frontières pour eux, ils passent allègrement de l’Angola à la Namibie. C’est étrange de nous dire qu’il s’agit d’un autre pays juste de l’autre côté de la rivière, à un jet de pierre (littéralement)!
La matinée passe vite et nous décidons de dîner au campement avant de nous rendre aux chutes d’eau d’Epupa. Marine étant trop fatiguée, nous lui permettons de rester dans la tente et de se reposer, pendant que nous allons au site. Nous n’insistons pas car il fait chaud et nous ne voulons pas revivre un malaise comme ça lui était arrivé en Argentine 🤪. C’est donc à trois que nous nous mettons en route.

Pour rejoindre les chutes, nous devons marcher environ quinze minutes. A peine sortis de notre camping, nous nous retrouvons face à un petit serpent, dressé dans les rochers 🐍. Nous l’observons de loin puis nous continuons notre chemin, pas certains de sa nature dangereuse ou non…

Avant d’arriver sur le site des chutes d’eau, nous rencontrons un jeune garçon qui s’y rend avec son troupeau de chèvres afin qu’elles s’abreuvent aux nombreuses gouilles formées par la rivière.

L’approche des chutes est assez surprenante car il ne s’agit pas, comme souvent, de chutes d’eau qui se déversent d’en haut, depuis une colline/montagne qui nous surplombe, mais d’un gouffre dans lequel la rivière Kunene se déverse. Nous arrivons sur un replat constitué de rochers, parsemé de quelques baobabs épars. En avançant petit à petit, le gouffre se dévoile et les chutes d’eau apparaissent. Le débit n’est pas des plus importants mais la vue est impressionnante et le bruit imposant 😄.

Ici, pas de passerelles sécurisées ni de barrières, le site est totalement libre d’accès. Nous n’avons d’ailleurs pas eu à payer quoi que ce soit pour venir admirer les chutes d’eau 🥳. Nous faisons par conséquent attention de ne pas prendre trop de risques et Estelle est toujours là pour nous rappeler que nous ne devrions pas trop nous rapprocher du bord 😉!
Nous restons un long moment à admirer l’eau qui se déverse dans la crevasse pour continuer son chemin. C’est à la fois impressionnant et apaisant. Comme souvent, c’est Estelle qui commence à trouver le temps long (inquiète pour sa sœur qui est restée seule au campement) et nous finissons par quitter les lieux, non sans avoir encore été admirer un gros baobab, un peu plus en aval.

Sur le chemin du retour, Gabrielle et Estelle s’arrêtent à nouveau au lodge, tandis que Philippe va chercher Marine, afin de profiter encore une fois des espaces mis à disposition et d’une bonne boisson fraîche. Nous avons appris qu’il est possible de faire une descente en rafting de la Kunene, mais les filles ne veulent pas en entendre parler. En effet, cette descente se fait au milieu des crocodiles et cela les refroidit sévèrement… 🙃

Nous profitons donc encore une fois du calme des lieux pour nous reposer et lire tranquillement, avant de rejoindre notre jeep pour plier notre lessive, souper puis nous mettre au lit 🥱.


Ce matin, l’état de santé de Marine n’a pas beaucoup évolué. Elle est encore fiévreuse et très fatiguée. Heureusement, nous n’avons pas un gros programme au menu du jour, puisque nous sommes attendus dans l’après-midi au community camp, près d’Opuwo, pour visiter le living museum. Nous prenons donc notre temps pour tout ranger avant de reprendre la route. Etant donné que nous avons du temps devant nous, nous décidons de remonter la rivière Kunene en la longeant sur quelques kilomètres, dans l’espoir d’apercevoir des crocodiles 🐊. Nous prenons la « route » qui longe la rivière en nous éloignant des chutes et qui traverse le village d’Epupa. Nous y croisons quelques enfants, jouant avec ce qu’ils ont sous la main. Pas de jouets dernier cri mais l’art de la débrouille. Un peu de fil de fer, du carton, des roues, de l’imagination, du bricolage… Et voici une voiture télécommandée!

Une fois sortis du village, à chaque fois que nous voyons un espace un peu dégagé en bord de rivière et facile d’accès, Philippe stoppe la voiture, puis l’un de nous scrute attentivement la rivière et ses rives avec les jumelles. Les premiers kilomètres sont infructueux, nous ne voyons rien. Nous décidons de poursuivre et nous nous éloignons de notre destination. Qu’à cela ne tienne, nous tenons vraiment à voir un croco 🐊! Un peu plus loin, notre manège interpelle deux enfants d’une dizaine d’années qui s’approchent de nous. La jeune fille parle un peu anglais et nous parvenons à lui expliquer que nous essayons de trouver des crocodiles. Les deux enfants nous observent et ils scrutent les filles restées dans la voiture, l’une n’étant pas en grande forme et l’autre trop effrayée qu’un crocodile lui saute dessus pour sortir de l’habitacle 🫣. Soudain, Gabrielle repère un grand crocodile en train de lézarder au soleil. Il est loin, au milieu de la rivière, mais avec les jumelles nous arrivons bien à le voir. Nous proposons aux deux enfants de tester les jumelles et ils parviennent eux aussi à l’observer.

Nous sommes très heureux d’avoir finalement eu l’occasion de voir un crocodile mais surtout, même si cela a duré peu de temps et que finalement cela n’a pas été un long et profond échange, c’est une des premières rencontres authentiques que nous avons réellement avec des locaux et ça fait du bien. Par rapport au reste de notre voyage autour du monde, nous nous retrouvons souvent seuls, dans notre voiture, ou bien en contact avec les personnes qui gèrent les campings ou les activités touristiques. Nous avons donc très peu de contacts avec la population locale et par conséquent peu de moments avec de vrais échanges.

Nous décidons de ne pas pousser plus loin car l’heure avance et nous avons rendez-vous pour aller visiter le Himba living museum. Nous rebroussons donc chemin en repassant devant notre camping et nous reprenons la route en direction d’Opuwo. 2h30 plus tard, nous retrouvons le community camp et nous nous installons. Wilson, le responsable du lieu vient nous chercher et il sera notre guide et interprète pour la visite. En effet, les Himbas qui habitent ici ne parlent pas anglais. La fièvre de Marine est encore élevée, elle a dormi quasiment depuis notre départ d’Epupa. Vu son état, nous décidons de la laisser se reposer dans la tente et nous partons tous les trois.

Wilson commence par nous expliquer la structure du village himba. Celui-ci est organisé avec les cases en cercle, entourées d’une clôture, et au centre se trouve l’enclos pour réunir le bétail pour la nuit. Il y a quatre entrées pour accéder au village: une pour les visiteurs, une pour le bétail, une pour aller au jardin et enfin une pour les cérémonies, placées derrière la case du chef (la plus grande du village), dont la succession se fait de père en fils aîné. C’est devant la maison du chef que se trouve le feu sacré, où les hommes peuvent communiquer avec les esprits des ancêtres.

Le chef du village et sa première femme ne sont pas présents lors de notre visite, c’est donc son fils aîné qui est le responsable du lieu. Il est aussi le seul homme sur place! Les autres sont tous partis avec le bétail. Les Himbas sont majoritairement un peuple de pasteurs et les troupeaux jouent un rôle important dans leur société. Posséder du bétail est un signe de richesse. Les petits enfants gardent les chevreaux tandis que les enfants moyens gardent les chèvres 🐐. Quand ils rentrent le soir avec le troupeau, les petits doivent empêcher les chevreaux d’aller vers leur mère pour que les femmes les traient d’abord. Ensuite seulement, les bébés peuvent venir téter. Il n’est pas rare de voir les hommes plus âgés partir deux-trois mois avec les troupeaux pour chercher des pâturages.

Les tâches sont bien définies au sein de la communauté. La garde des troupeaux, la coupe de bois ou la réparation des maisons sont réservés aux hommes, tandis que les femmes confectionnent les vêtements, vont chercher l’eau, s’occupent du foyer, des enfants et de l’entretien de leur maison. C’est ainsi que nous voyons plusieurs femmes himbas en train d’appliquer une couche de « boue » sur la paroi extérieure de leur case. Il s’agit d’un mélange de terre, d’excréments de vache et d’eau, sensé isoler et rendre étanche leur habitation. Elles répètent cette opération deux fois par année. Les coiffures des Himbas sont très importantes car elles indiquent l’âge et le statut social. En effet, les coiffures des hommes, comme celles des femmes, changent avec l’âge, la puberté, le statut marital, etc.

Wilson nous explique qu’un homme himba a souvent plusieurs femmes, cela dépend de sa richesse. Ce sont les parents de l’homme qui choisissent la ou les épouses. Elles peuvent être choisies à n’importe quel âge (même parfois alors qu’elles sont encore dans le ventre de leur mère!) et elles partent dans le village de leur mari au moment de leurs premières règles. Souvent, les mariages se font entre cousins, afin de conserver les richesses (principalement le bétail) dans la famille.
Notre guide (qui a la vingtaine) nous explique qu’il a déjà une fille de presque deux ans avec une des femmes du village mais qu’ils ne vont pas se marier car c’est à ses parents de lui trouver une épouse. La mère de sa fille a déjà eu un premier enfant avec un autre homme auquel elle n’est pas mariée non plus. Apparemment, le fait d’avoir déjà eu des enfants hors mariage n’est pas un problème pour être choisie comme épouse. La petite fille vient dire bonjour à son père puis elle repart jouer avec ses camarades.

Nous voyons de nombreux enfants dans l’enceinte du village. Ce sont généralement les plus grands qui s’occupent des plus petits, et qui en ont la responsabilité.

En ce qui concerne leur alimentation, les repas des Himbas sont généralement constitués de farine de maïs et de lait (porridge). Il est très rare de voir leur régime agrémenté de viande, de fruits ou de légumes.

Au milieu de la visite, nous nous approchons du feu sacré au bord duquel se trouve le fils du chef ainsi que quelques garçons. Les Himbas sont animistes et ils entretiennent le culte des ancêtres. C’est par le feu sacré qu’ils communiquent avec eux et il ne doit jamais s’éteindre car il permet de maintenir le contact entre les morts et les vivants Durant ce moment, Wilson nous explique qu’il y a des scorpions mortels dans la région 🦂. Ni une ni deux, le fils du chef soulève une des pierres autour du feu et… un des ces scorpions s’y trouve 😱 ! Ce qui ne semble faire ni chaud ni froid aux personnes présentes 😅!

Après avoir fait le tour du village, Wilson nous invite à entrer dans une des cases, celle appartenant à la deuxième épouse du chef. A l’intérieur, nous y retrouvons plusieurs femmes qui nous expliquent comment elles se lavent. Deux fois par jour, elles recouvrent leurs cheveux et leur peau de matière grasse mélangée à de l’ocre. Après avoir terminé l’opération, elles font brûler quelques herbes dont la fumée leur sert de parfum. Elles nous expliquent qu’elles ne se lavent jamais à l’eau, alors que les hommes, de leur côté, ne se lavent que pour certaines occasions spéciales. Elles invitent Gabrielle à les imiter et celle-ci suit leurs indications et se retrouve avec les bras recouverts de cette substance.

Après cette découverte cosmétique, nous terminons la visite du village par un moment de danse et de chants. A cette occasion, les villageoises sont réunies et elles entonnent quelques chants et pas de danse traditionnels. C’est le seul moment où nous nous sentons un peu mal à l’aise. Jusqu’à présent, nous avons eu l’impression de découvrir la vie du village de manière authentique, chacun continuant de vaquer à ses occupations. Mais pour cette démonstration artistique, les femmes sont comme réquisitionnées pour la performance. C’est intéressant mais cela nous laisse un petit arrière goût d’artificiel.

Tout à droite, sur les deux dernières photos, vous pouvez voir le fils du chef (actuel responsable du camp en l’absence de son père). Il porte une étrange coiffe qui indique qu’il a tué un lion avec une lance 🦁. C’était il y a deux ans, lorsqu’il gardait des chèvres.

Avant de rentrer à notre tente, nous passons encore devant quelques pièces d’artisanat que nous proposent les villageoises. Nous choisissons un rhinocéros et un hippopotame en bois pour compléter notre collection, puis nous rebroussons chemin. Sur la route, nous croisons deux jeunes garçons qui reviennent avec le bétail et qui ont récolté des fruits du baobab. Il s’agit de grandes graines blanches, un peu en velours, que Wilson nous fait goûter. C’est pas mal, un peu acide avec un goût de citron, mais sucré.

Une fois arrivés à notre campement, Wilson nous demande si nous sommes d’accord d’accueillir quatre femmes du village pour le thé et il nous servira d’interprète. C’est avec plaisir que nous acceptons! Une petite heure plus tard, la deuxième femme du chef et trois autres femmes arrivent « chez nous », l’une d’elles avec son bébé. Nous n’avons plus grand chose à leur offrir car nous avons prévu de faire le ravitaillement demain 🙃. Heureusement, il nous reste une boîte de biscuits, quelques carottes (bien qu’ils ne mangent pas de légumes, ou très rarement… nous n’avons que ça 🤪) et un peu de chocolat. Nous leur préparons aussi du thé qu’elles boivent très, très sucré! Elles finissent carrément notre réserve de sucre et nous finissons par sortir du miel pour le deuxième service… 🙃

Elles sont plutôt jeunes, mais elles sont déjà toutes plusieurs fois maman. La femme du chef a 28 ans et déjà quatre enfants. Elle est étonnée que Gabrielle n’ait que deux filles et qu’elle ne prévoie pas d’en avoir plus 🤪. Elle est pleine d’entrain, curieuse et elle rigole beaucoup, c’est un vrai plaisir de discuter avec elle. Les trois autres sont plus timides, mais elles s’ouvrent petit à petit. A un moment, nous parlons de la faune de Namibie et nous exprimons nos craintes de vivre entourés de scorpions, de félins et autres insectes venimeux, et là, l’une d’elles nous répond « ah moi, c’est dormir en l’air sur le toit d’une voiture qui me ferait peur! »… Comme quoi nous sommes tous effrayés par ce que nous ne connaissons pas!

Avant de nous quitter, Wilson nous demande si nous n’aurions pas par hasard des médicaments pour le jeune enfant qui accompagne sa mère, car celui-ci a de la fièvre. Nous leur donnons quelques médicaments adaptés à son âge. et nous espérons que l’enfant ira vite mieux. Il est apparemment compliqué pour eux d’avoir accès aux services de soins!
C’est finalement avec beaucoup de plaisir que nous avons vécu cette visite du village et surtout l’opportunité qui a suivi de pouvoir échanger de manière très naturelle avec ces femmes himbas.

Une fois ce moment d’échange terminé, nous préparons un rapide souper qui se termine autour du feu avec des marshmallow au chocolat et des jeux de mimes avec Estelle. Marine est, elle, déjà couchée.


Après avoir pris notre petit-déjeuner et plié notre tente, nous nous apprêtons à reprendre la route. Avant de quitter le camp, nous remercions encore Wilson et ses collègues pour la qualité d’accueil de leur camping et la visite du living museum. Juste avant de démarrer, un autre responsable nous demande lui aussi si nous avons encore quelques médicaments à leur laisser car un de leurs enfants est lui aussi malade. Nous nous délestons encore de ce que nous pouvons (il nous faut quand même en garder assez pour Marine) puis nous leur disons au revoir. Nous ne sommes pas sûrs que ces demandes de médicaments soient vraiment « légitimes », mais de toute façon, que feraient-ils avec… ?

Nous partons cette fois en direction du sud pour la suite de nos aventures, que nous vous relaterons d’ici peu!
A très bientôt!
Philippe et Gabrielle

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