
5. L’Afrique – Madagascar
(Si vous lisez l’article par email, la mise en page est altérée. N’hésitez donc pas à le lire sur le blog en cliquant sur le titre de cet article)
09.06 au 13.06.2022
En cette journée, il y a deux salles, deux ambiances… D’un côté, celui des enfants et des papas, c’est matinée studieuse avec travail scolaire au menu puis après-midi de jeux. De l’autre, celui des mamans, c’est farniente 🏖️ à profiter encore de l’hôtel avant de retrouver la vie plus simple du village d’Ambatozavavy.






Nathalia et Gabrielle rentrent de leur escapade dans la journée, ravies de leur séjour!
Le jour suivant voit se répéter le programme habituel: école, jeux, etc. Durant ces journées de routine, il n’est pas rare de voir des amis de la famille Ramangalahy passer pour venir discuter avec Nathalia ou Hervé. Aujourd’hui, le propriétaire de la maison vient récolter quelques noix de coco de son arbre 🌴. Il nous en laisse deux-trois que nous sommes ravis de déguster. Une fois qu’il nous l’a ouverte à la machette (plus efficace que le « coup de main » polynésien 🤪), nous nous retrouvons mis à contribution pour la préparer, en utilisant la même manière de faire qu’en Polynésie: râper la chair de coco sur un outil tenu entre les jambes.





Chaque semaine, Nathalia propose aussi un cours de français intensif à certains jeunes du village. Elle suit des groupes d’âges différents et aujourd’hui, c’est au tour de trois jeunes garçons en fin de scolarité primaire qui doivent passer leurs examens sous peu. Pour rappel, après l’école primaire, les cours sont tous dispensés en français et non plus dans la langue locale. Nous sommes effarés de voir que la plupart des enfants (non seulement du village mais d’une grande partie du pays) ont un niveau très, très basique en français alors qu’ils vont passer au collège dans quelques mois et donc avoir 100% des cours dispensés en français. Cela nous semble très injuste car l’accès aux études supérieures est du coup très limité pour une grande partie des jeunes malgaches! Si un enfant va dans une école privée, ses chances augmentent, mais cela coûte cher et la grande majorité ne peut pas se le permettre.

Le lendemain, c’est à nouveau une journée routinière à Ambatozavavy. Nous sommes aussi témoins de la précarité dans laquelle vit une grande partie des habitants du village. Alors que nous sommes en train de vaquer à nos occupations, nous entendons soudain des hurlements d’un enfant juste à côté. Il s’agit d’un petit garçon de 6-7 ans qui s’est ouvert le pied un peu plus loin. Alors que ses camarades et lui étaient en train de grimper à un arbre pour récolter quelques mangues, le petit garçon s’est planté un gros morceau de verre dans la plante du pied. La plupart des enfants du village que nous croisons vont nu-pieds. La blessure est profonde et pas bien belle… Nathalia s’occupe de désinfecter la plaie et elle appose un pansement. Lorsque la maman arrive enfin, elle commence par enguirlander son fils et à aucun moment elle ne le réconforte ou ne se soucie de savoir comment il va… Il n’y a pas de dispensaire au village et, en cas de soucis de santé, il faut se rendre à Hell-Ville. Pas de soins gratuits ou d’assurance maladie évidemment, alors très souvent les gens ne se déplacent que quand cela ne va vraiment pas. Il n’est donc pas rare de voir certains habitants du village venir chez les Rama car ceux-ci ont une trousse de premiers soins basique. Nathalia recommande à la maman de faire attention de garder la blessure le plus propre possible et d’éviter que son fils pose le pied par terre. Mais lorsque le petit garçon revient pour changer son pansement le lendemain, il marche comme d’habitude à pieds nus, et son pied est très sale. Nous espérons que la plaie ne va pas s’infecter… 😔
Nous vivons aussi une autre réalité de la vie du village et plus globalement de Madagascar: les coupures d’eau. Il faut savoir qu’il n’y a pas d’eau courante dans la maison des Rama, si ce n’est un petit robinet dans le jardin. Nous devons donc remplir des bidons, que ce soit pour la vaisselle, les toilettes, la douche ou encore l’eau que nous buvons (ils ont un système dans un grand récipient avec un filtre pour purifier l’eau qu’ils boivent). De notre côté nous avons de la chance, Rosina a un système de pompe électrique qui permet d’avoir de l’eau courante à l’étage où nous logeons. Mais un jour, plus de débit… Nathalia et Hervé nous expliquent que cela arrive régulièrement et que cela ne dure généralement pas trop longtemps. Etant habitué, tout le monde a toujours plusieurs bidons d’eau en réserve pour tenir jusqu’à la remise en service. La raison de ces coupures est le plus souvent due à un bouchon au niveau de la captation d’eau de la source: branches, cailloux, etc. Le retour de l’eau dépend en général de la rapidité à laquelle la mairie envoie quelqu’un pour s’en occuper. Mais cette fois, la coupure va durer plusieurs jours… Apparemment beaucoup plus longtemps que d’habitude. Du coup, nous arrivons petit à petit au bout des réserves… Mais heureusement, une autre source d’eau se trouve un peu à l’extérieur du village avec un puit auquel les gens peuvent se rendre. Même si cela n’a jamais été catastrophique, c’est une situation peu agréable de rationnement et d’incertitude. Surtout qu’aucune information n’est fournie par les autorités du village.
Pour ce samedi, jour de week-end donc sans travail scolaire, nous avons prévu une sortie en dehors du village avec les Ramangalahy. Nous commençons par une sortie en bateau en direction de l’île de Nosy Komba, ce qui signifie l’île aux lémuriens, et qui abrite de nombreux makis macaco, considérés comme sacrés par les insulaires. C’est une île volcanique de forme circulaire, d’environ 6km de diamètre et dont le sommet culmine à plus de 622m.
Mais avant de nous y rendre, nous commençons par accoster sur un petit banc de sable au milieu de nulle part. Nous avons vraiment l’impression d’être des naufragés sur une île déserte. L’eau y est magnifique et transparente.






La qualité de l’eau nous permet aussi de faire un peu de snorkeling et nous nous régalons à chercher de jolis poissons et de beaux fonds sous-marins 🤿. Nous tombons sur quelques poissons clowns, de belles murènes et de jolis coraux. Un petit air de Polynésie qui nous ravit! Pourtant, assez vite, nous ressentons quelques petits picotements, comme si nous touchions des orties. Pas de grande douleur mais une sensation un peu désagréable qui va et vient. Il s’agirait d’une spécificité de l’océan indien: apparemment une sorte de plancton, irritant mais inoffensif.
Au fur et à mesure des heures qui passent, nous voyons l’île se rétrécir petit à petit! En effet, la marée fait que la partie émergée de l’île disparaît peu à peu. C’est du coup le moment pour nous de remonter dans le bateau et de rejoindre l’île de Nosy Komba afin d’y prendre le repas de midi. Nous accostons au village d’Ampangorina et c’est dans ce cadre idyllique, quasiment les pieds dans l’eau, que nous dégustons de bons plats à base de poisson.


Après le dîner, nous partons visiter l’île avec l’organisation des guides locaux. Cette fois-ci ce n’est pas un parc national mais plutôt une réserve privée. Sur le chemin qui nous mène du village aux animaux, nous rencontrons quelques caféiers qui produisent des grains de café arabica. Ici, le meilleur café s’appelle « caca de lémurien », nous vous laissons imaginer pourquoi 😂.


Si nous spécifions qu’il s’agit d’une réserve privée et non d’un parc national c’est que nous sommes assez choqués de voir nos guides sortir quelques bananes et attirer ainsi les makis macaco vers nous. Apparemment, ils pensent que le touriste doit en avoir pour son argent… quitte à empiéter sur la vie sauvage. Et malheureusement, ils ont souvent raison car beaucoup de touristes demandent de pouvoir toucher ces magnifiques animaux semblables à des peluches 😞. Ils nous proposent également de faire venir les lémuriens sur notre épaule pour les prendre en photo mais nous ne sommes vraiment pas convaincus par cette manière de faire! Nous refusons poliment la proposition et nous nous contentons de les observer et d’écouter les informations que les guides peuvent nous donner à leur propos.
Nous apprenons qu’ils vivent en petits groupes mixtes de 7 à 15 individus. Principalement végétariens, ils mangent parfois de tout petits insectes et des mille-pattes. Bien que le groupe soit généralement majoritairement constitué de mâles, le mode social des macacos est matriarcal. Une femelle dominante dirige le groupe, accompagnée d’autres femelles. Il est très facile de différencier le mâle de la femelle car ces dames ont le poil entre le marron et le roux, tandis que leurs compagnons ont une fourrure noire. Tous deux ont de sacrées touffes de poil blanc ou noir qui semblent sortir de leurs oreilles et qui nous font bien rire 😂.
Si les lémuriens sont libres d’aller à leur guise, où ils veulent, ce n’est pas le cas des prochains animaux que nous rencontrons. Il s’agit de quelques tortues terrestres, de différentes tailles, conservées dans des sortes d’enclos entourés d’un muret en pierres 🐢. Certaines sont très, très grandes et elles ressemblent beaucoup à celles que nous avions découvertes aux Galapagos! Bon, nous n’avons retrouvé qu’une photo de ces tortues et c’est une toute petite qui est dessus 😜. Nos guides nous montrent encore une fosse dans laquelle se trouvent deux boas 🐍(un peu glauque…), quelques lézards et un joli caméléon orangé. Notre guide nous explique que leur langue peut être très longue, parfois plus longue que leur queue et qu’elle possède une sorte de petite ventouse au bout pour attraper les proies!



Même si nous sommes heureux d’avoir eu l’occasion de découvrir de très près une nouvelle espèce de lémuriens, nous ne sommes pas très emballés par les conditions dans lesquelles cette visite s’est faite. Cela fait maintenant plusieurs mois que nous admirons des animaux dans leur milieu naturel, à l’état sauvage, et se retrouver dans cette sorte de zoo ne nous plaît pas énormément.
Avant de remonter dans notre bateau, nous passons encore devant quelques boutiques de souvenirs et nous nous rendons compte une fois de plus combien le Covid a pu toucher ces communautés qui vivent essentiellement du tourisme 😞. Nous repartons avec quelques souvenirs dont des flacons d’extraits de vanille qui sentent magnifiquement bon.



De retour au village, c’est à nouveau la classique soirée ciné-pizza 🍕🎬 du samedi soir qui nous attend, avec cette fois le film Sister act 2!
Ce dimanche est le dernier jour entier que nous passons au village d’Ambatozavavy. Après le petit déjeuner, les filles nous disent ne pas être très emballées à l’idée d’aller au culte car elles ne comprennent pas ce qui est dit. Nous décidons du coup de ne pas les y forcer et les cousins en profitent pour rester eux aussi à la maison. A la place, nous organisons une activité biblique sur l’ordinateur, accompagnée de quelques chants. Une alternative qui leur plait 😉.

Une fois Nathalia et Hervé de retour du culte, nous partons tous ensemble à la fondation suisse, sur les hauteurs du village, pour le repas de midi que nous avions réservé il y a de cela quelques jours. Nous nous régalons et nous profitons une dernière fois du cadre magnifique qui s’offre à nos yeux.


Une fois repus, nous décidons d’aller un peu en dehors du village afin de visiter une distillerie d’ylang-ylang. Il s’agit d’un arbre cultivé pour ses fleurs dont on extrait, par distillation, une huile essentielle. Cette dernière est très souvent utilisée comme fixateur de parfum (ou directement comme parfum), dans les cosmétiques ou encore dans l’aromathérapie. Il y a énormément de champs consacrés à cette ressource sur l’île de Nosy Be et nous avons la chance de pouvoir visiter une usine afin de mieux comprendre sa culture. Depuis notre arrivée sur Nosy Be, les champs d’ylang ylang nous ont fortement intrigués car tous les arbres sont comme pliés vers le bas et ils semblent tout tordus. Nous apprenons que, si cet arbre peut atteindre 20 à 25m de haut dans la nature, il est ici taillé à environ deux mètres de hauteur. La taille se fait deux fois par mois, ce qui augmente la production de fleurs et en facilite surtout la récolte car celles-ci sont ainsi plus facilement atteignables par les personnes qui sont chargées de les cueillir.
Les premières photos montrent un arbre ylang-ylang à l’état naturel, puis la dernière montre un arbre taillé pour la récolte.
L’huile essentielle est donc produite à partir des fleurs. Ces dernières doivent être bien jaunes avec un coeur rouge 🌼. Si la fleur est trop verte, le rendement peut diminuer de 25%! Pour plus de qualité, il faut distiller sans attendre les fleurs fraîchement cueillies. Il en faut 100kg pour produire entre deux et trois litres, c’est impressionnant! Surtout quand on sait qu’un cueilleur récolte en moyenne 20 à 30kg par jour. Il n’y a pas de saison particulière pour la récolte car la floraison est continue, durant toute l’année. Nous allons effectivement voir plusieurs arbres à des stades de floraison différents les uns des autres.



Dans l’entreprise que nous visitons, nous apprenons qu’il y a environ 30 femmes et 50 hommes qui sont employés, la plupart provenant des villages environnants. Il y en avait davantage auparavant, mais depuis la modernisation des alambics, le nombre d’employés a diminué. Traditionnellement, les femmes sont à la récolte et les hommes sont à l’usine.
Il y a quatre qualités d’huiles essentielles qui dépendent de la durée de distillation. Plus les fleurs vont être distillées longtemps, moins l’essence sera de qualité et moins elle se vendra chère (cela va de 0-2h à plus de 10h). Nos guides nous expliquent aussi les différentes étapes du processus de distillation en nous faisant visiter l’usine:
1) L’eau est chauffée avec un four à bois jusqu’à la production de vapeur.
2) La vapeur part dans le tuyau.
3) Elle descend dans un alambic.
4) Elle passe à travers le compartiment où se trouvent les fleurs.
5) La vapeur arrive dans un bac où se trouve un serpentin qui la refroidit et la transforme en liquide.
6) Le liquide récolté arrive dans un récipient où l’huile et l’eau se séparent naturellement.
7) L’huile flotte à la surface et elle passe dans un tuyau au sommet du récipient.
8) L’huile est ainsi récupérée et mise en bouteille.
9) L’eau restante peut également être vendue en tant qu’hydrolat (parfois appelée eau florale).


La photo n’étant pas très claire, voici un schéma trouvé sur internet 😉.
Nous terminons cette visite instructive par un petit tour dans le jardin qui se trouve à côté de l’usine et dans lequel poussent quelques variétés de plantes, telles que le citron kefir, très utilisé en cuisine. Nous y voyons aussi un arbre appelé l’arbre du voyageur, en forme d’éventail. Il est ici plutôt petit, mais nous en avons vu qui pouvaient atteindre plusieurs mètres de haut lors de nos divers trajets. Il est surnommé ainsi car il serait capable de stocker de l’eau à la base de ses feuilles et ainsi désaltérer les voyageurs déshydratés.



Une fois rentrés, c’est un repas de fête qui nous attend avec de délicieuses crêpes pour ce dernier repas que nous prenons chez les Ramangalahy. Tout le monde se régale et nous rigolons bien des quelques essais ratés, dont un qui nous fait penser à un dinosaure!

C’est le ventre bien rempli que nous rejoignons nos lits pour une dernière nuit à Ambatozavavy.
Avant de quitter le village pour partir sur la côte ouest de Nosy Be, nous passons encore visiter les femmes de l’association Mama Vao Vao. En sakalava, Vao Vao signifie « quelque chose de frais ou de nouveau ». Il s’agit d’une association qui aide les femmes et les filles malgaches de la région à vendre de manière profitable de magnifiques pièces d’artisanat dessinées et cousues de leurs mains. Cette association permet de leur apporter un espace sécurisé où travailler. La prostitution et le trafic sexuel d’enfants sont malheureusement deux problèmes auxquels les femmes de Nosy Be sont confrontées chaque jour. Tout le monde pense à la Thaïlande lorsqu’on parle du tourisme sexuel, mais il faut savoir que Nosy Be est apparemment également connue pour cela 😔… L’objectif de cette association est donc de préserver les femmes de la prostitution et d’aider celles qui souhaitent en sortir. Grâce à leurs confections et leurs ventes, elles reçoivent un salaire décent qui les aide à subvenir aux besoins de leurs familles. Elle retrouvent aussi leur dignité et elles sont valorisées par le fruit de leur travail.
Les artisanes signent chacune de leurs pièces de leur nom. Dans les villages, chaque personne est connue par sa famille. C’est pourquoi chaque « mama » signe son travail avec le mot Mama, suivi du nom de son enfant (normalement l’aîné). Cela donne un aperçu de la vie dans un village et de la valeur des relations familiales! La famille est une grande richesse à Madagascar. Les femmes qui n’ont pas d’enfant sont appelées par leur prénom.
C’est rigolo car, en effet, Nathalia est souvent présentée ou référée comme mama Mialy par les gens d’Ambatozavavy. Mialy n’est pas l’aînée, mais c’est elle qui a été la plus rapidement connue dans le village 😉.


Après quelques achats souvenirs, nous nous préparons pour le départ. Nous profitons du fait que les Rama vont venir cet été en vacances quelques semaines à Genève pour leur laisser une partie des souvenirs que nous avions achetés au Cambodge, ainsi que ceux que nous avons acheté ici. Pas de frais de poste et surtout l’assurance que ceux-ci arriveront bien à destination 😜!
Nous avons à nouveau fait appel à Stefano pour nous emmener vers notre prochaine destination sur l’île. Mais avant qu’il arrive nous immortalisons une dernière fois notre séjour à Ambatozavavy. Nous avons vécu deux magnifiques semaines durant lesquelles nous avons pu accompagner la famille Ramangalahy dans leurs activités quotidiennes et mieux comprendre la réalité de leur vie de missionnaires à Mada.

Nous vous disons à très vite pour la suite et fin de notre séjour malgache!
Philippe et Gabrielle




















