
5. L’Afrique – Madagascar
(Si vous lisez l’article par email, la mise en page est altérée. N’hésitez donc pas à le lire sur le blog en cliquant sur le titre de cet article)
22.05 au 24.05.2022
Lever tôt ce matin car nous avons notre taxi-brousse vers 8h00. Grâce aux appels de la famille d’Hervé avec le chauffeur, nous n’avons pas besoin de nous rendre au terminal des bus au centre ville de Tana, car le village où nous nous trouvons est sur le chemin que le bus empruntera. Nous avons donc rendez-vous sur le bord de la route, à l’entrée du village, à 200m de la maison des Rama. Nous partons à l’heure presque prévue (à peine 30 minutes de retard), et c’est avec tristesse que nous quittons la famille d’Hervé, espérant avoir l’occasion de les retrouver bientôt en Suisse.
Les taxis-brousses sont des mini-bus d’une douzaine de places qui, heureusement pour nous, sont limités au nombre de sièges 🚐. Comme nous sommes en période de réouverture après le Covid, ils ne peuvent pas (encore) entasser les gens comme avant, en doublant, si ce n’est triplant, le nombre de personnes par rapport à la capacité du véhicule 🤪. Si le matériel roulant est tout à fait correct bien qu’ancien, que dire de l’état des routes… C’est catastrophique!!! Celles-ci sont en piteux état et bien souvent le chauffeur doit zig-zager entre les trous énormes qui s’y sont créés. Il est certain que les conditions climatiques et la saison des cyclones viennent mettre à mal la solidité des infrastructures, mais il est évident que le manque d’entretien et probablement les matériaux utilisés sont en grande partie responsables de la piètre qualité du réseau routier malgache. De plus, comme dans beaucoup de pays visités jusque là, la corruption est endémique dans le pays et le gouvernement ne sert pas non plus les intérêts de la population en détournant une partie des fonds alloués aux infrastructures!
Difficile donc de conserver une vitesse de croisière élevée sur de tels asphaltes 🙃. Notre chauffeur accélère à 60-80 km/h dès qu’il aperçoit un tronçon un peu préservé puis il ralentit à 10-20 km/h lorsqu’il doit contourner les trous afin de ne pas fusiller les roues et les amortisseurs. En gros, notre moyenne est de 45km parcourus en une heure de temps. Il nous faudra ainsi quasiment 10h pour faire un peu plus de 450km… Autant dire que nous devrons compter large pour nos déplacements à Mada 🐌!
Nous vous laissons imaginer comment nous nous faisons trimballer dans tous les sens à l’intérieur du mini-bus. Difficile de réussir à dormir ou même de lire, nous essayons donc de profiter du panorama et de nous reposer. Devant nos yeux défilent des paysages montagneux puis des rizières, nous traversons des villages où les gens font sécher leurs récoltes à même le sol, des rivières dans lesquelles nous voyons des personnes venir s’y laver, nous croisons des gens se déplaçant en char à zébu ou encore d’autres qui marchent le long de la route. Ces derniers nous font particulièrement peur car il n’y a pas beaucoup de largeur de route et les véhicules les frôlent souvent sans ralentir…😰
Vers 18h30, nous finissons enfin par arriver au parc national d’Ankarafantsika et demandons au chauffeur de nous déposer à l’entrée. Il fait déjà nuit et nous ne voyons personne… 😬 C’est l’heure de vérité… Nous allons enfin découvrir si des logements sont disponibles sur place ou non 🤞🏻. Nous nous dirigeons alors vers un petit bâtiment d’où sort un homme qui heureusement parle un peu français. Le responsable n’est pas là, mais en fait tous les bungalows sont vides alors il y a facilement de la place pour nous 🥳. Les quatre petites maisons sont de l’autre côté de la (petite) route par rapport au parc, dans les arbres à la lisière d’un lac. A l’écart les unes des autres, elles sont constituées d’une pièce avec un lit double et un lit à étage, d’une toilette et douche de taille tout à fait respectable et d’une jolie terrasse. Nous sommes agréablement surpris, d’autant plus qu’elles semblent avoir été rénovées récemment et qu’il y a des moustiquaires aux lits! Nous sentons que nous allons nous y plaire et nous regardons avec l’employé comment organiser les repas. En effet, les touristes n’étant pas encore de retour, le restaurant n’a pas rouvert et il n’y a absolument rien à plusieurs kilomètres pour s’acheter de quoi manger. Heureusement, nous pouvons commander nos repas à des femmes qui se trouvent sur place et elles vont nous les préparer pour les deux prochains jours.
Nous en profitons encore pour organiser les visites qui nous intéressent pour les prochains jours puis nous allons dormir, éreintés par notre long voyage.
Après une bonne nuit de sommeil réparatrice, nous profitons de prendre notre petit-déjeuner sur la terrasse et nous apprécions le calme du parc. Deux femmes nous apportent un joli panier avec une nappe. Au menu, pain, confiture, thé et bananes, en compagnie de quelques jolis geckos 🦎.



Une fois notre repas terminé, nous partons pour notre première visite. Chacune doit se faire en compagnie d’un guide et nous débutons notre journée avec un tour du lac Ravilobe sur un petit bateau à fond plat. Notre guide nous explique que le parc est très réputé auprès des ornithologues lors de la saison sèche, car de nombreux oiseaux s’y retrouvent. Le lac est considéré comme sacré car un roi du peuple Sakalava ainsi que sa famille s’y seraient suicidés en se jetant à l’eau, après avoir été encerclés par les troupes du roi merina, le peuple de la région de Tana. Nous apprenons à ce moment-là que Madagascar compte 18 ethnies principales qui ont chacune leur propre dialecte. La langue officielle du pays, le malagasy, est le dialecte parlé par les gens de la capitale, le merina.
Les gens des villages environnants font encore des sacrifices de zébus en l’honneur de l’esprit du roi disparu. Nous apprenons aussi que quelques crocodiles vivent dans ces eaux mais malgré nos recherches à l’aide des jumelles achetées en Argentine, nous n’en voyons malheureusement aucun 🐊. Les pêcheurs locaux ont l’habitude de pêcher les pieds dans l’eau mais ils ne craignent pas les crocodiles car ils croient que s’ils suivent les fadis (les règles, aussi appelés les tabous) il ne leur arrivera rien. Au contraire, si par malheur l’un d’eux se fait attaquer cela veut dire qu’il n’avait pas suivi les fadis comme, par exemple, l’interdiction de manger du porc. Bref… nous ne tenterons pas le diable et nous nous contentons d’observer les lieux, à l’abri dans notre bateau!
Même si nous sommes déçus de ne pas apercevoir de saurien, nous pouvons admirer plusieurs oiseaux comme un groupe de hérons ardoisés qui s’envolent juste devant nous, des hérons blancs, des guêpiers (oiseaux qui chassent juste à la surface du lac), quelques jolis martins pêcheurs ainsi qu’un beau couple d’aigles pêcheurs (50cm de haut pour 140cm d’envergure), malheureusement trop éloignés pour les prendre en photo 🦅.
Après cette jolie balade au fil de l’eau et ce premier contact avec le parc national, nous rentrons nous reposer un moment dans notre bungalow. Nous profitons de ce temps libre et du calme pour avancer un peu dans le travail scolaire avec les filles. Notre souper nous est livré tôt, vers 17h30, car nous avons bientôt rendez-vous avec un guide pour une sortie de nuit. Ce soir, nous avons droit à des brochettes de zébu, du riz et des haricots, c’est très bon 😋! Une fois nos ventres bien remplis, nous partons pour notre deuxième activité de la journée, une sortie nocturne dans les sentiers du parc afin d’y découvrir la faune dans le noir. Ces sorties de nuit sont toujours très sympas et nous nous réjouissons de déambuler à la recherche des animaux à la lumière de nos torches. Pas besoin de veiller tard pour qu’il fasse noir, dès 18h la nuit est bien présente, ce qui nous arrange bien.
Nous retrouvons notre guide et nous partons pour environ 1h30 de marche dans la forêt. Les sentiers sont bien marqués et balisés et nous n’avons aucune peine à nous déplacer, nos regards pouvant se concentrer sur les environs. Le guide ne tarde pas à nous montrer plusieurs petits lézards, dont le plus petit de l’île, qui fait à peine 5cm 🦎.



Nous admirons aussi un tout petit hibou 🦉, quelques araignées 🕷️et nos premiers lémuriens qui sont malheureusement tous trop éloignés pour nous permettre de les capturer sur nos appareils photos. Si au total il y a plus de 100 espèces différentes de lémuriens (animal qu’on ne trouve que sur l’île de Mada), il n’y en a « que » huit sortes dans ce parc dont deux nocturnes, les microcebus (plus petits lémuriens au monde, que nous ne verrons pas) et les sportifs, dont fait partie celui que nous voyons lors de la sortie. Au détour d’un virage, nous avons la surprise de voir 5 petits oiseaux au ventre jaune qui se reposent, serrés les uns contre les autres, sur une branche d’arbre. Sur le chemin du retour, nous avons encore le bonheur de découvrir notre premier caméléon. Si sa couleur gris terne ne nous fait pas rêver, nous apprécions sa queue en escargot et ses incroyables pattes. Malgré les quelques craintes des filles durant cette ballade nocturne, elles y ont pris beaucoup de plaisir, surtout Estelle qui se découvre un talent de découvreuse d’animaux. Il n’y a pas à dire, elle a le coup d’oeil pour les repérer dans la végétation!
C’est avec le souvenir de cette première rencontre avec les animaux emblématiques de Madagascar que sont les lémuriens et les caméléons que nous terminons notre sortie nocturne et que nous allons nous coucher.
Ce matin, nous terminons notre visite du parc national d’Ankarafantsika avec une sortie sur le circuit Ankarokaroka, aussi connu comme le circuit du canyon. Il s’agit d’une sortie de 9km au total afin de découvrir une partie de la faune et de la flore du parc. Etant donné que nous sommes partis pour trois-quatre heures de marche, nous avons rendez-vous tôt, 7h30, avec notre guide, afin d’éviter les grandes chaleurs de la journée.
Nous débutons par quelques jolies plantes, dont la liane qui, d’après notre guide, monterait toujours autour des arbres dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.



Alors que nous sommes en train d’évoluer dans la forêt sèche, nous rencontrons quelques hommes armés de kalashnikovs et de machettes. Il s’agit de deux soldats accompagnés de deux paysans qui tentent de retrouver la trace de voleurs de zébus qui ont sévi dans la région le jour précédent. A la base, le vol de zébus s’ancre dans une tradition très ancienne, notamment dans le sud-ouest de l’île, où un garçon se doit d’accomplir cet acte de bravoure pour être considéré comme un homme et prétendre à une épouse. Mais ces dernières décennies, sur fond de crise économique, d’instabilité politique et de prolifération des armes à feu, le folklore s’est mué en un fléau d’ampleur nationale. Le zébu est un symbole de richesse et de pouvoir et il attise désormais les convoitises des bandits, ce qui mène parfois à de violents conflits entre éleveurs et voleurs. Ainsi, en juillet 2022, 32 personnes d’un village on été tuées lors d’un vol de zébus qui a mal tourné…
Cette rencontre remue un peu les filles mais notre guide nous rassure et nous poursuivons notre route. Nous finirons par les retrouver lors de notre retour au bungalow et ils nous indiqueront avoir retrouvé la carcasse du zébu, sa viande ayant été prélevée pour être revendue dans les villages environnants.
Une fois sortis de la dense forêt sèche, nous évoluons dans la savane herbeuse. Dans ce paysage aride, nous rencontrons plusieurs petites termitières qui nous intriguent. Alors que notre guide nous les montre, il donne un grand coup de pied dans l’une d’elles afin de nous en montrer l’intérieur et les animaux qui l’habitent… pas tout à fait le comportement de respect et de protection qu’on serait en droit d’attendre de la part d’une personne qui vit du parc, de sa faune et de sa flore 😡!
Nous finissons par arriver au canyon d’Ankarokaroka, avec ses fameux lavakas. Il s’agit de structures géologiques typiques de Madagascar qui viennent de l’érosion des reliefs. La vue est magnifique et nous restons de longs moments à observer le paysage.
Sur le chemin du retour, nous observons nos premiers lémuriens diurnes, des sifakas de Coquerel, au visage noir entouré de blanc. Vivant en groupes d’une dizaine d’individus, ils mangent des feuilles, des fruits et des fleurs. Très agiles et élancés, nous ne nous lassons pas de les observer. Leurs prédateurs (en dehors de l’Homme) sont les rapaces, les boas et les fossas, sorte de petit puma très discret et difficile à observer.




Un peu plus loin, le guide débusque un lémurien sportif endormi dans la cavité d’un arbre (pour rappel, le sportif est un lémurien nocturne qui dort donc pendant le jour). Nous terminons notre tour avec encore quelques animaux, tels que des caméléons et des lézards. Nous apprécions tout spécialement la démarche du caméléon qui avance de manière tout à fait particulière!
De retour au bungalow, Philippe passe vérifier avec le responsable du centre d’information s’il a bien pu joindre la compagnie de taxi-brousse avec laquelle nous allons voyager ce soir et s’il a réussi à nous réserver quatre places. La prochaine étape de notre périple doit nous mener à Ambanja, à environ 500km plus au nord, après une douzaine d’heures de route. Nous avons longtemps hésité à voyager de jour ou de nuit mais nous préférons finalement ne pas perdre une journée complète pour voyager et profiter de la possibilité de le faire de nuit, tout en espérant pouvoir dormir un peu. Ce que nous doutons cependant fortement, suite à notre première expérience 😅!
Tout est en ordre, nos places sont réservées et le bus passe nous prendre aux alentours de 17h30. Cela nous laisse encore le temps de faire nos bagages, nous reposer un peu dans notre joli bungalow et y faire un peu d’école. Nous soupons aussi une dernière fois au parc et c’est avec une petite demi-heure de retard sur l’horaire transmis que notre véhicule arrive pour nous récupérer. C’est en fait le même genre de taxi-brousse que nous avons pris pour arriver au parc, certaines personnes faisant les 24 heures de trajet d’un coup depuis la capitale.
Le temps de charger nos sacs et de prendre congé du personnel du parc, nous voici embarqués pour une expérience des plus épuisantes…
A très bientôt pour connaître nos aventures routières nocturnes!
Philippe et Gabrielle

























